Projet de recherche sur les réservoirs hydroélectriques nordiques

Le Projet EM-1, lancé en 2005 dans le Nord québécois, représente une initiative scientifique pionnière dans l'étude des émissions de gaz à effet de serre des réservoirs hydroélectriques. Pour la première fois, des chercheurs ont entrepris de mesurer avec précision le bilan net des émissions dès la création d'un réservoir. Cette approche méthodologique rigoureuse, impliquant des dizaines de scientifiques de grandes universités canadiennes, vise à éclairer les débats sur le véritable impact climatique de l'hydroélectricité et à guider les décisions en matière de politique énergétique durable.

Objectifs scientifiques et méthodologie

Le Projet EM-1 se concentre sur le réservoir Eastmain-1, créé lors de la mise en eau du barrage hydroélectrique dans la région boréale. Les chercheurs ont déployé un dispositif de mesure exhaustif comprenant des stations automatisées mesurant en continu les flux de dioxyde de carbone et de méthane à différents points du réservoir. Cette approche multidimensionnelle capture les mécanismes d'émission depuis la diffusion passive à la surface jusqu'au dégazage lors du passage dans les turbines.

  • Mesure continue des concentrations de CO₂ et CH₄ à la surface de l'eau et en profondeur
  • Prélèvements réguliers d'échantillons pour analyses en laboratoire de la biomasse microbienne
  • Modélisation mathématique couplant hydrodynamique et processus biogéochimiques
  • Suivi à long terme permettant d'observer l'évolution temporelle des émissions sur plus de 15 ans
Station de mesure automatisée installée au bord d'un réservoir boréal

Résultats clés et comparaisons

Les données collectées révèlent que les réservoirs boréaux émettent significativement moins de gaz à effet de serre que leurs homologues tropicaux :

Type de réservoirÉmissions CO₂ (g/kWh)Émissions CH₄ (g/kWh)
Boréal (Eastmain-1)4-80,3-0,6
Subtropical15-352-5
Tropical40-12010-30
Centrale au charbon280-3501-2
"Les réservoirs boréaux québécois émettent en moyenne 35 fois moins de gaz à effet de serre qu'une centrale au gaz naturel pour une quantité équivalente d'électricité produite."

Collaboration et impact scientifique

Le projet réunit Hydro-Québec, l'Université McGill, l'UQAM et Environnement Illimité Inc. Cette collaboration a généré plus de cinquante publications scientifiques et contribué au développement de l'outil G-res utilisé internationalement. Les protocoles établis par l'équipe EM-1 sont devenus des standards pour évaluer les émissions des nouveaux projets hydroélectriques à travers le monde.

Équipe de chercheurs prélevant des échantillons d'eau depuis un bateau